Un soir d’hiver et deux gros chiens

Notre-Dame-de-Grâce, Montréal – 1988

J’étais au bureau à terminer notre perquisition de la veille, oui, c’est joli de remplir la salle de conférence du directeur, mais mis à part le butin et les détenus, il y a les montagnes de rapports qu’il faut se payer. J’avais une dizaine de télés, un tas de bijoux, quelques radios d’auto, des chaînes stéréo, des montres, trois manteaux de fourrure, quelques cartons de cigarettes, des outils et quelques bouteilles d’alcool.

Nous nous étions occupés des cinq détenus toute la nuit précédente et ce soir devait être plus calme. Nick fouillait dans les plaintes, Jean et Robert s’occupaient à placer les objets sur la grande table, car les journalistes, viendraient photographier le tout pour que des victimes puissent identifier le trésor.

Tout allait rondement, jusqu’à ce que David m’appelle. David était une de mes sources, ce jeune délinquant m’était assez utile et ce soir, il était surexcité.

Man… Le gars a du stock volé en masse dans son appartement.

Je tentais de lui expliquer que la cour était pleine et que l’on devrait remettre ça à plus tard. Mais…

Écoutes, il a un gun, il va le vendre. Pis, je sais d’où viennent quelques affaires volées.

Je ne pouvais pas me permettre de laisser une arme se perdre dans la nature. Alors, je ramassai Nick, puis quarante dollars et quelques minutes plus tard, j’avais toute l’information. L’argent était une avance sortant de mes poches, et si j’avais suivi la procédure, il aurait reçu son argent dans trois semaines et c’est là qu’il en avait besoin.

Deux heures plus tard, muni d’un mandat de perquisition d’un juge demeurant à Repentigny, mon équipe était fin prête pour une nouvelle aventure. Pour plus de sûreté, nous avions deux gars en uniformes, oui, nous on n’a pas tellement l’air police.

Maintenant devant la maison-appartement, se fut la course pour se rendre sans trop se faire repérer. Le temps d’ouvrir la porte avec mon couteau, je précédais l’équipe. Devant la porte, je fis aux hommes d’attendre et écouter.

Comme tout semblait calme, je frappai doucement. Surprise, la porte s’ouvre sur deux molosses, grognant, gueules ouvertes, crocs sortis. Toute ma troupe se sauve de l’autre côté de la porte du vestibule. Moi, je regarde les chiens en souriant.

Salut bonhomme… Tes chiens sont méchants ?
Pourquoi tu veux savoir ?
Je ne voudrais pas à avoir à les abattre. Ho, j’ai un mandat de perquisition. Et, voudrais-tu ouvrir au reste du groupe

Ma troupe est entrée tête basse. Tout le monde s’était enfui par réflexe, je ne pouvais pas m’empêcher de rire. Et une fois à l’intérieur, c’est moi, bien assis sur le sofa, qui s’occupera des chiens tentant de me tuer à grands coups de langue. Nick sortit l’arme sous un des bureaux, un vieux Colt .38, ce qui fit tiquer notre pauvre receleur. Encore une fois, nous remplissions les coffres des voitures d’une tonne d’objets hétéroclites.

Comme les deux chiens seraient demeurés seuls, je donnai rendez-vous à mon receleur pour l’après-midi suivant. Il y a aussi le fait, que j’aurais passé une deuxième nuit blanche et le manque de sommeil donne des rides. Alors j’irai dormir un énorme cinq heures, pour être présent au matin, face aux journalistes.

Mon accusé arrivera au bureau à l’heure et deux cafés plus tard, il retournait à la maison avec une promesse de comparaître. Les chiens n’auraient pas à souffrir de l’absence de leur maître.

Mais pour mon directeur de poste, la souffrance ne faisait que commencer. Il perdra sa salle de conférence, pour toute une semaine. Je recevrai un mémo disant: cette salle est pour la direction, veillez ne plus vous en servir. Le mémo ira rejoindre les autres à la poubelle. La bonne nouvelle fut que 90% des effets furent identifiés par les victimes.

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Auteur : Lansquenet
Après trente années dans la police, Claude Aubin est devenu auteur. Il a quatre livres à son actif : La Main gauche du Diable (Intouchables), La Nuit des désillusions et Rônin (Libre Édition Claude Aubin), Le lansquenet solitaire (Texte et Contexte). Il a également participé au dernier bouquin de Jules Falardeau (La crise d’Octobre, 50 ans après, Éditions du Journal Claude Aubin a joué aussi des petits rôles dans certains films, rédigé des chroniques dans le quotidien de l'époque Photo Police, le quotidien DixQuatre et maintenant il publie ses chroniques pour le groupe Facebook DERNIÈRE HEURE. Il a aussi coproduit quelques clips pour TVBL, la télévision des basses Laurentides. De plus, il a travaillé pour la chaîne Ztélé (infiltration).