Un peuple qui perd sa langue ne peut survivre

Quand je m’interroge sur le futur du Québec, je ne peux qu’être inquiet. Notre langue, celle de nos pères est de plus en plus malmenée. Nos efforts pour la protéger sont vus comme du racisme, du nationalisme xénophobe.

Nos arrivants se convertissent à la langue du Canada : l’anglais. Et la nôtre, pour eux, n’est que du folklore. Comment en être autrement quand nos élites nous servent des “vont aller” un anglicisme, tiré de will go, oubliant que le verbe aller au futur se conjugue “iront”. Ou ce fameux “ne pas prendre de chance” au lieu de “risques”. Des si j’aurais et des é, à la place des er. Ou, comme j’ai vu d’un bonhomme sortant de trois ans de CEGEP.

Le stock était derrière la “tank à l’haut chaude”. Pourtant nous avons tous appris à l’école. À moins que cette école soit devenue une usine à cancre et qu’il n’y ait plus rien à faire.

Ignorer sa langue c’est ignorer nos racines

Quand au Québec, nous nous faisons accueillir par un bonjour, hi ! C’est notre langue qui s’enfuit. Dans neuf autres provinces, on entend Hi ! Le bonjour n’est pas de mise. Quand tu es à Toronto et que tu cherches des journaux en français, tu te fais dire : You are in Toronto !

À Kingston dans un Dary Queen, tu demandes un cornet de crème à la vanille et que la serveuse saigne du nez ! J’étais il y a un mois, dans une contrée lointaine qui s’appelle Westmount, dans un petit café à l’ouest de la Catherine. J’ai demandé un café et un muffin, la réponse : I dont speak french. Faut quand même le faire.

Mais ce qui me chagrine le plus est de voir une génération qui, non seulement massacre sa langue tout en adoptant avec aisance, la langue de ceux qui se foutent de nous. La langue de ceux qui nous méprisent et qui incitent les arrivants à faire de même.

L’urgence d’agir

Le combat pour la loi 101 et la loi 21 sur la laïcité semble, pour plusieurs arrivants une atteinte aux droits et libertés. Les insultes atteignent des limites encore inégalées. Nous sommes comparés au Nazisme des années trente.

En fait, le peuple francophone blanc se fait dire tout simplement, ta gueule et disparaît. Quand une jeune femme dit : je suis bilingue, je parle anglais et mandarin, elle a raison mais pas dans la bonne province. Mordecai Richler disait la même chose  il y a quelques années. Oui, il parlait l’anglais et le yiddish. Ce grand poète montréalais nous démontrait tout l’amour qu’il avait pour la culture des gens qui l’avaient accueillis.

Nous les porteurs d’eau

J’ai mal à ma langue, j’ai mal à mon identité. Je suis fatigué de me faire traiter de raciste en anglais. Mais les jeunes ne liront ceci car ils sont ailleurs.

Être assimilés les fera ressembler aux autres, à ceux de la majorité qui ne seront pas nécessairement tendres avec eux. Le combat que nous avons mené, ils devront le recommencer. Sinon, ils redeviendront des porteurs d’eau.

Ma seule consolation sera que cette génération, qui juge que notre combat ne sert plus à rien, sera elle aussi jugée durement par la prochaine.

Alors être ridiculisé pour s’être battu par une génération qui pense que la terre s’est formée à leur naissance, sera probablement moins pire que l’opprobre dû à l’indifférence qu’ils auront à affronter.

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Auteur : Lansquenet
Après trente années dans la police, Claude Aubin est devenu auteur. Il a quatre livres à son actif : La Main gauche du Diable (Intouchables), La Nuit des désillusions et Rônin (Libre Édition Claude Aubin), Le lansquenet solitaire (Texte et Contexte). Il a également participé au dernier bouquin de Jules Falardeau (La crise d’Octobre, 50 ans après, Éditions du Journal Claude Aubin a joué aussi des petits rôles dans certains films, rédigé des chroniques dans le quotidien de l'époque Photo Police, le quotidien DixQuatre et maintenant il publie ses chroniques pour le groupe Facebook DERNIÈRE HEURE. Il a aussi coproduit quelques clips pour TVBL, la télévision des basses Laurentides. De plus, il a travaillé pour la chaîne Ztélé (infiltration).