Un monde hypersensible

L’époque est bien difficile pour la liberté d’expression mais elle n’est pas unique. Il ne faut pas croire que cette hypersensibilité des mots, des expressions ou des actions soit l’affaire du XXIème siècle. Non, elle est de toute les époques. L’acceptabilité sociale se modifie et il est parfois difficile de savoir ce qui peut être ou ne peut être dit publiquement.

Mike Ward et liberté humoristique

Récemment, nous avons pu voir que Mike Ward se trouve face à la justice (depuis dix ans) en raison de propos humoristiques tenus lors de sa tournée de spectacles, de 2010 à 2013. Ces propos furent énoncés envers Jérémy Gabriel, alors âgé de quatorze ans et devenus une « vedette » suite à divers faits. Ce dernier, pour rappel, chanta devant le Pape en 2006. Il fit de même en 2005 avec l’hymne nationale canadien lors du match des Canadiens de Montréal ou encore, avant le match des Panthers de Floride.

Nous pouvons effectivement trouver les propos de Mike Ward inappropriés, déplacés ou encore inopportuns. Cependant, n’oublions pas qu’il s’agissait d’un spectacle d’humour noir. Oui, cela peut choquer. Oui, cela s’avère parfois à la limite du raisonnable et du politiquement correct.

Mais, soyons honnêtes, chacun a le droit de choisir d’écouter ou non. Chacun doit savoir que la personne sur scène n’est qu’un personnage, sans qu’il ait l’obligation de le souligner. D’ailleurs, je me souviens des propos de Lise Ravary décrivant Mike Ward comme étant un double personnage. Il ne serait visiblement pas, à la grande surprise, le même dans la vie réelle versus en spectacle.

L’humour fait rire, et parfois non, mais il a pour mission justement de rendre ridicule certains actes de la vie quotidienne, certaines actions, décisions ou autres. Il grossit le trait de certains faits de la vie réelle. Il caricature le personnage joué par l’artiste sur scène.

L’humour d’un artiste « X » plaît à quelques-uns, déplait à d’autres. C’est la raison de l’existence de plusieurs types d’humour. Si vous n’aimez pas tel genre alors vous avez le choix et la liberté de changer. Il serait aberrant d’interdire des humoristes d’aborder des situations, des faits, des réalités par peur de l’hypersensibilité ambiante de quelques-uns.

Les petites censures bureaucratiques

La censure existe aussi dans les milieux d’emplois. Il suffit de regarder du côté de la bureaucratie gouvernementale. Même si le gouvernement se drape de vertu en déclarant protéger les annonceurs d’alertes ; en vérité, ceux-ci perdent leurs emplois ou se font écœurer au plus haut point. Je vous invite à lire un excellent texte d’Émilie Nicolas dans le journal Le Devoir dans lequel, il est question des différentes censures ordinaires.

Encore une fois, la liberté d’expression en demeure fragile quand nous prenons conscience des différents mécanismes en place pour faire taire des faits ou des vérités dérangeantes.

Dany Turcotte, dernière victime en date

La dernière victime, pour le moment de cette censure omniprésente, est celle ayant mené Dany Turcotte à démissionner de son poste dans l’émission Tout le monde en parle. Il aurait effectivement eu des propos sensibles ou déplacés. La machine des réseaux sociaux et les nouveaux juges ont dès lors agit rapidement. Il va sans dire que sous la pression, il est difficile de demeurer en place.

A-t-il commis une erreur ? Peut-être. Est-ce la fin du monde ? J’en doute. L’erreur est humaine. En d’autres temps, il aurait eu des excuses et nous serions passés à autre chose. Mais aujourd’hui, c’est impossible. La vertu est de rigueur ; enfin, une certaine vision d’une partie de vertu est de rigueur. Une censure idéologique et victimaire.

 La liberté d’expression, un combat sans fin

Ces faits nous rappellent que la liberté d’expression est une chose bien fragile. Elle évolue et demande un combat constant afin de pouvoir dire ce que nous pensons, sans avoir peur pour notre vie ou notre bien-être psychologique.

Parfois, nous ne risquons pas notre vie mais nous demeurons susceptibles de perdre un emploi, de perdre des amis, d’avoir des plaintes ou encore recevoir des menaces. La liberté d’expression doit demeurer notre combat, notre objectif et notre horizon. Une démocratie ne peut exister sans libre expression de nos amours, nos aversions, nos mécontentements ou nos réjouissances. Peut-être devrions-nous réapprendre le mot, mais aussi et surtout l’application, du principe de tolérance ? Mais j’ai bien peur, plus le temps passe, que cela va s’avérer complexe.

Vive la liberté d’expression de tous et ce, même si mes oreilles frissonnent parfois.

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Auteur : Raphaël Fievez
Originaire de Belgique et habitant au Québec depuis 2011. Auteur de plusieurs livres dont ''De la société multiculturelle. Au-delà des discours, une réalité'' (2016) ou encore ''Démocratie. Penser la démocratie de demain''(2017). Travailleur social de formation en Belgique œuvrant depuis plusieurs années et ayant de l'expérience auprès de différentes clientèles au Québec. Raphaël Fiévez a contribué à plusieurs médias via des articles d'opinions, il s'intéresse à l'actualité, la politique et l'éthique. Étudiant au certificat en Philosophie de l'Université Laval à Québec.