Prendriez-vous ce job ?

Je pose la question car un article de la Presse de cette semaine, on parle du désengagement de plus en plus fréquent des policiers sur le terrain.

Prendre une décision ?

Prendriez vous un travail ou chaque décision est contestable et contesté ? Oui, car si des policiers tranchent dans un litige, une des parties est lésée. Exemple réel : dans un divorce, une dame doit laisser le condo dans lequel elle vit, au profit de son ex qui a aussi un autre condo. Le déménagement doit se faire le lundi. Mais problème… Madame, papiers en main, n’a pu avoir le camion que pour le mardi. L’ex-mari exige l’expulsion immédiate. Mais les policiers lui font comprendre que d’attendre une journée, ne compromet en rien une future vente ou une entrée au condo. Le tout est réglé comme ça. NON… L’ex va en déontologie et obtient que les policiers soient suspendus pour une décision arbitraire. Un petit 2 500 $ qui sort de vos poches.

Le méchant policier du métro Mont-Royal

Maintenant, l’affaire du métro ou un méchant policier demande à un itinérant de partir, car il harcèle les gens qui entrent et sortent. L’itinérant en question est connu pour avoir un caractère difficile et au troisième avertissement, le policier lui fait cette menace: si tu ne pars pas, je t’attache au poteau. l’argument est massue. L’itinérant quitte immédiatement et tout rentre dans l’ordre. NON, un citoyen filme la scène : suspension, perte de son statut de sénior donc 3 000 $ par année, un délai pour son grade de sergent. En fait une amende de plus ou moins 20 000 $.

Autre intervention ultra filmée

Récemment, dans le métro cinq policiers doivent maîtriser une femme et il y a tellement de photos et même de gens qui viennent s’interposer physiquement que ça devient ridicule. Si le policier y va seul et doit se battre, c’est un violent. Si pour ne pas blesser le suspect ou suspecte, vous y allez à cinq, vous êtes des brutes. Si vous ne vous en occupez pas : il ne fait pas son job.

Et attention minorité = danger

Alors, imaginez un job ou si… vous enquêtez un racisé, c’est que vous êtes raciste. Si vous ne l’enquêtez pas, vous êtes peureux. Si vous intervenez lors d’un appel, vous devez demeurer neutre malgré le gros bon sens et vous faites deux mécomptant.

Imaginez votre travail quand lors d’une émeute, vous demeurez dans votre poste, alors qu’à l’extérieur les gens cassent et brûlent les voitures. La raison : pour ne pas envenimer la situation.

La délation

Dans ce même job, vous avez l’obligation de dire à votre sergent que votre partenaire a accepté un café gratuit au Tim du coin, sinon vous serez poursuivi en déontologie.

Un travail ingrat

Toujours dans ce même job, vous aurez des cibles à atteindre, oui… des billets. Car il faut bien remplir les coffres. Des opérations par programme aussi inutiles qu’insultants : Les piétons et les lumières rouges. Pendant deux jours de fin de semaines, des policiers donnant des billets à des dizaines de passants. Puis fini pour l’année, l’opération est un grand succès trente billets en deux jours et les citoyens sont maintenant bien avisés.

Et les insultes comprises dans le forfait

Et j’allais oublier… Les Pigs, les cochons, les chiens, les poulets, les Fu… cops. Vous avez le droit de vous faire insulter, mais pas celui d’être impoli en répondant. Ceci, sans compter toutes les histoires que vous devrez entendre de vos amis, beaux frères, cousins, etc. sur des bavures que jamais ils n’auraient fait s’ils avaient été policiers. Ou qu’ils auraient fait de la bonne manière. Moé j’aurais tiré dans la jambe, pas dans le corps. Ça aussi c’est dans le job.

Une façon de survivre

En fait, si vous ne faites rien, que vous gardez un profil bas, les risques de vous faire suivre par des caméras seront minimales et vous aurez une belle carrière. Mais ne faites pas d’erreurs, car ici on appelle ça une bavure et une bavure c’est mortel pour l’avancement.

La question que je pose : voulez-vous toujours ce job ?

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Auteur : Lansquenet
Après trente années dans la police, Claude Aubin est devenu auteur. Il a quatre livres à son actif : La Main gauche du Diable (Intouchables), La Nuit des désillusions et Rônin (Libre Édition Claude Aubin), Le lansquenet solitaire (Texte et Contexte). Il a également participé au dernier bouquin de Jules Falardeau (La crise d’Octobre, 50 ans après, Éditions du Journal Claude Aubin a joué aussi des petits rôles dans certains films, rédigé des chroniques dans le quotidien de l'époque Photo Police, le quotidien DixQuatre et maintenant il publie ses chroniques pour le groupe Facebook DERNIÈRE HEURE. Il a aussi coproduit quelques clips pour TVBL, la télévision des basses Laurentides. De plus, il a travaillé pour la chaîne Ztélé (infiltration).