Pilule contraceptive : une jeune femme raconte son histoire d’horreur

Crédit photo : Facebook

J’ai pas l’habitude de faire de longs posts et encore moins sur ma vie privée. Ceci dit, ça fait plusieurs années que je souhaite sensibiliser. À chaque fois que je tente d’écrire sur le sujet, ou que je tente simplement de penser à la manière dont je pourrais commencer cette bien longue et pénible histoire.

Un texte intégral de Camille Jobin
COLLABORATION SPÉCIALE

J’abandonne. Parce que c’est long, c’est complexe mais c’est surtout tellement personnel. C’est mon histoire. C’est mon jardin secret. Je souhaite la partager aujourd’hui. Non pour attirer l’attention. Mais bien pour sensibiliser les gens à la contraception orale. Alors, c’est parti.

J’ai 13 ans en mai 2009. Mes menstruations sont tellement abondantes, que ça me cause de l’anémie. On prend la décision ma mère et moi d’aller consulter un médecin pour analyser les options. On me prescrit la pilule contraceptive (Yaz).

La toute nouvelle sur le marché !

C’était le nouveau joujou pour les adolescentes qui devait gérer l’acné et les flux menstruel trop intense. Deux semaines à prendre ma pilule et espérer une régulation de mes règles avant que je me lève un matin le dos bloqué.
Je me rappelle clairement ce matin là. Seulement me lever du lit avait été une lourde tâche. Je me suis dirigée au salon où j’ai dis à mon père que je m’étais bloquée le dos en dormant et que c’était très douloureux.

Quelques minutes plus tard j’ai été chercher mon chien. ( il avait fait pipi dans sa cage ). J’ai voulu me pencher pour ramasser le dégât.

Première perte de connaissance.

À ma reprise de conscience mon frère est allé chercher mes parents qui étaient entrain de prendre leur café.
Deuxième chute de pression. On comprend pas trop. Décision : direction le CHUL.

J’ai sorti 3 semaines plus tard de l’hôpital. J’ai eu droit à une batterie de tests interminables. Des douleurs qui augmentaient. Des pronostiques plus ou moins valables. Des pics de fièvres à en plus finir. De l’incompréhension. Des erreurs. Des peurs.

J’ai eu une maman qui devait se fâcher pour faire comprendre qu’il avait une urgence d’agir. Des infirmières qui… croyaient que j’exagérais mes symptômes et me forçaient à marcher dans le corridor pour faire activer mon corps.
Marcher… C’était rendu pour moi l’horreur. C’était mettre mon corps en feu. Mais, considérant qu’ils ne savaient pas ce que j’avais. Ils ne comprenaient pas l’état réel dans lequel ça me mettait.

Après une semaine, mon dos toujours bloqué, mes jambes lourdes, je commençais à voir des veines apparaîtrent sur mes cuisses et mes haines. Mais, pas des belles petites veines normales comme pour monsieur et madame tout le monde. C’était des quadrilatères bleus foncés énormes sur mon corps blanc, translucide, un peu trop malade qui souffrait.

On peut voir les veines bleutées entre la cuisse et le genou.

Après une semaine, j’ai eu une échographie abdominale (je vous évite tous les tests qu’on m’a passé du jour 1 à celui ci). On voit que mon appendice est enflé à l’écho. Pour eux, ENFIN ils ont trouvé. Je fais une appendicite ! Le chirurgien entre dans ma chambre assez fier de sa découverte.

 – Ce soir, autour de minuit on opère !

C’est aussi évident qu’une trompe dans le visage d’un éléphant. Ce sont ses mots exacts. Ma mère sceptique :

 – Appendicite ? Autant de douleur au dos ? Vous êtes sûr ?

 – Ça comprime son dos ! C’est l’enflure ! De toute façon si ce n’est pas ça, une fois ouvert on enlèvera l’appendice quand même. On viendra vous rencontrer demain matin suite à l’opération.

Je prends conscience en salle de réveil. Je suis en panique. Je cherche mon air. Je sais pas ce qui se passe dans mon corps. Mais ça va vraiment pas. J’appelle l’infirmier qui me signale que mes signe vitaux sont bons.

 – Respires, ça va passer Camille.

Parfait je vais respirer essayer de me calmer et surtout demander un bol parce que je vais vomir partout. Après ma nuit post-opératoire, je vais pas mieux. Mes douleurs sont toujours là. Un peu moins au bas du dos. On attends le chirurgien. Qui finalement, se présente le matin pour nous informer que l’appendice a été retiré, mais, que non, elle n’était pas en crise. Opération inutile.

… au moins ça a allumé une lumière. Pourquoi son ventre était enflé ?

Echo numéro 2

Ce coup ci se sera un Doppler. Échographie complète de l’abdomen et des jambes. Les médecins capotent. Du haut de mes 13 ans, je suis seule dans la salle. Je comprends pas ce qui se passe mais ils sont rendus beaucoup trop de monde autour de l’écran pour évaluer ma situation.

Le verdict tombe enfin. Le vrai celui ci :  tromboses veineuses profondes.

J’ai des caillots de sang PARTOUT. Dans mon dos, mon ventre, mes jambes. De la hauteur de mes reins jusqu’aux chevilles. Ma veine cave inférieur est complètement bouchée. Les médecins comprennent maintenant,mes veines qui poussaient sur mon corps, mon feu ressenti, les pics de fièvre quand on me force à l’effort ( aussi minime soit-elle).

Une partie du ventre, de l’haine et de la cuisse telle que montré ci-dessus.

Des caillots sanguins recouvrent une partie de son corps, comme en fait foi cette photo de Mme Jobin.

Erreurs médicales. Quelques-unes, ça oui. Mais, l’élément déclencheur, c’est quoi ?

La pilule contraceptive que j’ai consomme pendant deux semaines. Ils ont fais plusieurs tests approfondis, c’est la seule possibilité. L’hormone trop élevée dans leurs comprimés fait épaissir le sang chez certaines femmes. La pilule a changé ma vie. Je suis anticoagulée pour le restant de mes jours. Mais j’ai aussi des jambes et un ventre ravagés.

La veine principale qui apporte du sang à mes jambes ne fait plus son travail depuis 2009. J’ai des veines collatérales qui s’en occupent. Elle sont bonnes !! Je les remercie de leur dévouement et leur création. Le corps est bien fait. Des bas support à porter toutes les jours. Les Médecins m’ont tapé un peu sur les doigts. Je dois absolument les porter au quotidien, au moins 3 saisons par année.

Je vis avec des douleurs aux jambes quand je suis trop fatiguée, quand je bouge pas suffisamment, quand les chaleurs de l’été se font ressentir, mes jambes écopent.

Esthétiquement, c’est bien présent aussi. Évidemment, je suis en vie. C’est le dernier de mes soucis, mais, la vérité c’est que, c’est là quand même. Et c’est tout sauf subtil.

Ces temps ci on parle bébé avec mon chum. Ça aussi ça pèse lourd dans la balance. C’est peut-être pour ça que j’envisage plus sérieusement de partager mon histoire d’ailleurs. Avoir un bébé, une chose si naturelle habituellement. Ici, c’est pas simple.

Consultation en hématologie, en médecine vasculaire, en chirurgie vasculaire et aussi en grossesse à risque élevé. Changement de médication. Échographie Doppler et Taco au rendez-vous.

C’est simple.

La pilule contraceptive à scrape ben des affaires. Ma qualité de vie, ma condition et certains rêves. Je suis abîmée mais personnellement, je me considère en pleine santé. Je vis comme vous tous. Pis la vérité dans tout ça, c’est que j’ai peur.

Et que je ne l’avoue pas aux gens proches de moi, parce que j’ai juste déjà beaucoup de misère à me l’avouer à moi-même.

J’ai peur de me voir vieillir. J’ai peur que ma condition physique se dégrade et que ma qualité de vie devienne médiocre. J’ai peur d’avoir toujours mal. Parce que, quand j’ai mal, c’est excessivement douloureux. J’ai peur de porter un enfant, parce que si j’en porte un, je vais risquer de devancer les dommages à mon corps.

J’ai peur, parce que l’hôpital ne trouve pas de cas similaire au mien. J’ai peur parce que, je peux pas me faire une idée de ce qui m’attend réellement. Je vais seulement devoir le vivre. C’est pas évident, et comme je trouve ça lourd à porter, je le range bien loin dans un tiroir de ma tête et que très rarement je lui donne le droit de venir s’installer au centre de mes pensées et chambouler mon bien être quotidien.

Bref, où je souhaite en venir, c’est faire prendre conscience qu’une toute petite pilule a un pouvoir destructeur. Avant que toi, la femme qui lit ceci consomme la pilule (si ce n’est pas déjà fait) ou avant que toi, l’humain qui lis ceci dise oui à son adolescente pour prendre cette merde-là.

Lisez comme il faut, faites vos recherches. Je ne suis pas morte, par miracle ! Mais plusieurs en sont décédées. Plusieurs ont de bien pire répercutions. C’est mon seul désir. Ouvrir les yeux à certains d’entre vous sur le potentiel de risque qu’une pilule contraceptive peut faire. C’est grave, et ça arrive à beaucoup trop de femmes.

Il y a 12 ans, c’était pas comme aujourd’hui. Les problématiques commençaient à être reconnues. Aujourd’hui, il y a possibilité d’éviter des dommages aux femmes qu’on aime. Je vous invite à partager si le cœur vous en dit.

Camille Jobin aujourd’hui

* Un aperçu des dommages sur mon corps sera dispo en commentaire. Ça me demande énormément, tout ça. Mais sans l’image qui montre juste une petite partie de ce qui est visible à l’œil, je ne crois pas que ce soit possible de comprendre réellement l’entièreté de la situation.

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Conducteur d'autobus professionnel depuis 29 ans, il se passionne pour la généalogie familiale (Les familles Dagenais en Amérique) ainsi que deux (2) autres groupes Facebook qui font sa fierté : DERNIÈRE HEURE et Conducteurs-trices d'autobus du Québec.