Penser la pandémie : entre complotisme et questionnement

Depuis des mois, au Québec comme ailleurs dans le monde, nous vivons au rythme de la pandémie. Toutes les sphères de la vie sont touchées. Cependant, il apparait important de penser le virus et son traitement à travers nos espaces médiatiques et gouvernementaux. Soyons clairs que les médias de masse se font les défenseurs des mesures gouvernementales.

Ces mêmes mesures voulant défendre et protéger les citoyens les plus vulnérables. Nous ne pouvons pas évidemment rejeter la faute de l’apparition du virus sur le dos de nos dirigeants et nous ne pouvons pas nier l’incidence de ce virus sur les individus les plus fragiles de nos sociétés (les personnes âgées, les malades, etc.). Ceci étant dit, il est aussi du devoir de tout citoyen de questionner, de mettre parfois en doute des actions, des actes et des propos. Malheureusement, cela semble devenir difficile en ces temps.  

Il y a une fâcheuse, désolante et fatigante tendance à qualifier de complotiste, tout individu posant des questions sur les décisions du gouvernement de Mr Legault. Il y a une tendance à écarter de tout débat des individus ne pensant pas comme la doxa globale et populaire. Cela est néfaste pour notre société et la démocratie en général.

De fait, récemment, nous avons appris que des commanditaires se retiraient d’une radio située dans la ville de Québec ; nous avons pu voir les remarques parfois désobligeantes de la part du Premier Ministre envers des journalistes (Aaron Derfel du Montreal Gazette ou encore face à Gérald Fillion de Radio-Canada car il ne prenait pas les “bons” chiffres).

User d’une tribune de presse en cas de crise pandémique pour discréditer des journalistes, est-ce là le rôle du Premier Ministre et du gouvernement élus ? J’en doute.  

Si nous observons les données en allant directement sur le site internet du gouvernement alors nous pouvons aussi remarquer des divergences intéressantes. Il ne s’agit pas de minimiser les impacts ou la dangerosité du virus. Non, il est question de voir si nous sommes dans le même niveau de létalité (de mort) qu’en mars ou avril 2020.

Ainsi, nous observons qu’en date du 19 juillet 2020, il y avait environ 10500 tests de réalisés avec environ 150 cas positifs de COVID et 2 décès. Notons aussi qu’en date du 29 septembre 2020, le Québec atteignait un record de 33510 tests (soit le triple du mois de juillet). Notons ensuite qu’en date du 17 octobre 2020, nous avons eu 22650 tests pour 1094 cas positifs et 6 décès (dont aucun dans les dernières 24 heures).

Les cas augmentent, c’est un fait mais le nombre de tests aussi. Cependant, nous ne voyons pas vraiment d’augmentation de décès. Cela demeure sensiblement le même. Il devient alors difficile de dire aux personnes que le virus est plus mortel ou plus dangereux. Certes, les gens tombent malades mais ne tombons-nous pas malades aussi de la grippe chaque année ?  

Que dire ensuite des mesures prises par le gouvernement ou encore des décisions énoncées par le Premier Ministre et ses experts ? Rappelons-nous qu’au début de la pandémie, le Dr. Arruda énonçait que le masque ne servait à rien sauf à donner un faux sentiment de sécurité aux gens. En France, les propos furent aussi les mêmes avec quelques énergumènes qui prenaient pour des idiots le peuple français, comme le fait parfois le gouvernement québécois.

Ne faudrait-il pas éduquer et faire preuve de pédagogie envers le peuple pour expliquer les tenants-aboutissants des mesures de protections (geste barrière, etc.) ? Non, le gouvernement se plait dans une forme de paternalisme malsain et condescendant. Papa Legault a parlé et nous devons obéir. La ministre Guilbault n’avait-elle pas appelé les Québécois et Québécoises à la docilité, comme des bons petits animaux ?  

Nous avons aussi l’hécatombe ayant eu lieu dans les centres d’hébergements (CHSLD) ou autres ressources institutionnelles avec des négligences flagrantes, des traitements inhumains, des manques de matériels de protections, des décisions abracadabrantes ou encore du manque de personnel.

Tous ces faits étant imputables aux décisions des gouvernements précédents (Parti Libéral, Parti Québécois) dont le Premier ministre actuel était informé (ayant été lui-même au sein du Parti Québécois). Ce dernier, après tous ces faits et ces morts dans d’atroces conditions, refuse de mandater une enquête indépendante afin de ne plus reproduire ces erreurs, ces manquements et changer réellement la manière de fonctionner. Pourquoi refuser de faire mieux ? A-t-il peur pour sa réélection future ? Existe-t-il un cadavre caché au fond de l’armoire ?  

En tant que citoyen, en tant qu’hommes et femmes, nous avons le droit de poser des questions. Nous avons le droit de questionner, critiquer les décisions prises. Nous avons le droit de montrer les incohérences.

Nous avons le droit et l’obligation de demander justice pour ces personnes décédées dans des conditions inhumaines en ayant des études, des enquêtes impartiales, apolitiques et indépendantes sur les CHSLD ou les ressources intermédiaires.

Ce n’est pas être complotistes de questionner, interroger, douter, critiquer et mettre en avant les contradictions des décisions politiques en place. Nous sommes encore en démocratie et nous avons tous, sans restriction (en dehors de l’appel à la haine et d’actes mortels), droit à la liberté d’expression et ce, même si cela dérange les petites oreilles sensibles de quelques-uns. N’est-ce pas cela la démocratie et un pays libre où tout citoyen peut dire, écrire, contredire, discuter sans avoir peur de se faire massacrer, juger au tribunal public de l’opinion ?  

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Auteur : Raphaël Fievez
Originaire de Belgique et habitant au Québec depuis 2011. Auteur de plusieurs livres dont ''De la société multiculturelle. Au-delà des discours, une réalité'' (2016) ou encore ''Démocratie. Penser la démocratie de demain''(2017). Travailleur social de formation en Belgique œuvrant depuis plusieurs années et ayant de l'expérience auprès de différentes clientèles au Québec. Raphaël Fiévez a contribué à plusieurs médias via des articles d'opinions, il s'intéresse à l'actualité, la politique et l'éthique. Étudiant au certificat en Philosophie de l'Université Laval à Québec.