La loi et l’ordre font-elles la démocratie ?

Image courtoisie : Raphaël Fiévez

Ce texte se veut une réponse à une chronique de Richard Martineau, parue ce samedi 29 février 2020 dans le Journal de Montréal. Pour ceux n’ayant pas eu la grande chance de lire ce texte, je vais vous le résumer en quelques phrases tirées de la chronique, « des lois, des flics, des juges. »

  Auteur et libre penseur
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  Publié le 1er mars 2020 à 16h16

« La loi et l’ordre ne constituent pas l’un des piliers fondamentaux de la démocratie. C’EST la démocratie. Pas de loi, pas d’ordre, pas de démocratie. C’est aussi simple que ça. »

Évidemment, l’auteur voulait faire référence aux blocus des voies férrées par les autochtone et  de la réaction, jugée très molle, du premier ministre canadien, Justin Trudeau. Si nous comprenons bien, il faudrait alors que le Premier Ministre envoie des corps policiers, voir l’armée afin de faire respecter la loi et ce, peu importe si l’action entreprise par ces autochtones est pacifique.

La force, la violence contre la paix. Mais, j’aimerais cependant revenir sur cette conception de la démocratie. Selon Mr.Martineau, la démocratie existe justement par l’usage de la loi et de la force. Si nous avons une loi et la force appliquée pour garder la main-mise sur le peuple alors nous sommes en démocratie. Nous évitons le chaos.

Pour ma part, je ne pense pas que le force et la loi soient des fondamentaux d’une démocratie. Elles sont des mécanismes de coexistence, de règles en société mais elles ne garantissent pas la démocratie. Pour cela, il faut revenir à la notion même de démocratie et y regarder de plus près.

Une démocratie est un système dans lequel les individus peuvent vivre libres (liberté d’expression, d’opinions, de manifestation ou encore d’actes sans avoir à craindre à sa sécurité, sa santé et sa vie), égaux en droits (la notion de droit est cruciale quand nous parlons d’égalité) et exercer leurs devoirs de citoyens. Le peuple est central au sein d’une démocratie. Il a le droit de parole et d’actes. Néanmoins, pour garder une certaine cohésion et un espace de vie viable et vivable pour tous alors il est nécessaire d’y mettre des règles (la loi, comme le dit Mr Martineau). Mais la loi peut-elle nuire au peuple? Qui décide de la loi? Peut-on désobéir à une loi en démocratie ?

Le passé est friand de moments dans lesquels le gouvernement s’est dit démocratique sans pour autant respecter le peuple. Souvenez-vous des lois et de la force appliquée par Hitler pendant l’Allemagne nazie, la loi et l’ordre y était présente mais étions-nous dans une démocratie ? Non, nous avions un régime autoritaire et totalitaire.

Quiconque pensait autrement que le pouvoir en place perdait la vie, et souvent dans des atroces conditions. Observez la Corée du Nord, elle possède des lois et la force, peut-on dire qu’il s’agit d’une démocratie? Non, car elle enferme et tue toute personne sans se soucier de la véracité des faits. Il suffit de respirer autrement que le président et vous voilà au fond d’un trou.

Dès lors, sans rentrer dans les détails de la constitution d’une démocratie digne de ce nom, je voudrais répondre à M. Martineau qu’une démocratie n’est pas seulement la loi et l’ordre comme vous semblez si bien le dire. La démocratie est justement la défense de tous, la force de la cohésion par l’entremise de règles communément admises et justes pour tous.

Comme le disait très justement John Locke, philosophe anglais ayant pensé la démocratie en son temps, la démocratie est l’abandon d’une partie de la liberté par les gens afin de la confier à des représentants en échange d’une sécurité. Si les représentants politiques ne permettent pas de demeurer en sécurité alors le peuple a le droit de reprendre sa liberté concédée. C’est dans ce contexte que la désobéissance prend sens; surtout si elle est pacifique.

Vivre en démocratie, c’est vivre dans un pays dans lequel nous pouvons penser et agir sans avoir peur de nous faire mutiler, torturer et tuer par un gouvernement en place. La démocratie est complexe car elle demande des lois, des corps intermédiaires (police, armée) pour la défense des droits et des actes parfois hostiles à la sécurité humaine, des discussions, des compromis, des délibérations et surtout de l’écoute entre chacune des parties coexistantes dans un espace donné. Pour faire court, la force et la loi ne sont pas garantes d’une démocratie, contrairement à ce que Monsieur Martineau semble dire.

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Conducteur d'autobus professionnel depuis 29 ans, il se passionne pour la généalogie familiale (Les familles Dagenais en Amérique) ainsi que deux (2) autres groupes Facebook qui font sa fierté : DERNIÈRE HEURE et Conducteurs-trices d'autobus du Québec.