La dangerosité de la décontextualisation

« Femmes blanches uniquement » ; « je n’aime pas les rouges / noirs » ; « tu viens d’où ? » ; « nègre » ; toutes ces phrases peuvent être jugée racistes mais en absence de contexte, peut-on vraiment avérer de cette réalité pour chacune de ces phrases ? Sont-elles vraiment racistes ? Faites l’exercice avant de lire le reste du texte.

Le manque de contexte et faux jugements

Je sais que certains exemples choquent ; quelques-uns aimeraient porter plainte pour mon usage de certains mots, notions. D’autres ont déjà signalé l’article sans même avoir lu le texte. Sans même avoir regardé le contexte de l’usage de ces mots. Certes, pris séparément, chacun ira de son interprétation, de son intuition et de ses émotions. Une erreur bien trop souvent effectuée de nos jours. L’hyper-émotion et l’hyper-sensionnalisme engendrent une société à fleur de peau.

Récemment, après la lecture du livre de Rokhaya Diallo, je me suis rendu compte de l’aisance à catégoriser des propos dans une case de pensée. Il est facile de prendre des fragments et en faire dire ce que nous désirons. Ainsi, en disant « je n’aime pas les noirs », je serais traité de raciste sans même avoir observé dans quel contexte, milieu et environnement je le dis. Si je dis ceci face à un ami, en face des conserves des haricots, suis-je alors raciste ? Non. Si je le dis maintenant, avec un ami, face ou en lien avec une personne de couleur sur un ton agressif ? Oui, je fais preuve de discrimination envers cet individu.

Prenons un autre exemple, le mot « nègre ». Ce dernier est fortement connoté négativement, à juste titre, en raison du passé esclavagiste et inhumain envers les personnes de couleurs. Rappelez-vous cependant de l’évènement ayant touché cette professeure d’école. Celle-ci a été conspuée, insultée et mise à pied pour l’usage d’un mot dans le contexte d’un cours précis et donné. Si elle avait usé de ce mot en regardant une personne de couleurs, nous pourrions sans aucun doute parler de racisme. Mais si elle utilise ce mot pour expliquer la connotation, l’historique du mot alors elle fait simplement son travail. Elle n’est pas pour autant raciste. Le contexte, ici encore, a son importance.

Enfin, en dernier exemple, l’expression souvent utilisée de demander d’où nous venons (en raison de l’accent ou d’une couleur de peau différente de la majorité des citoyens avoisinants). Est-ce raciste ? Selon Rokhaya Diallo, ce serait une forme de racisme « ordinaire ». Cette expression sous-entend la différence. Oui, mais en fait, ne sommes-nous pas tous différents ? Pour savoir si ce propos, cette question est réellement raciste, ne faudrait-il pas analyser le contexte dans lequel cela est énoncé ? Personnellement, je l’ai dit à ma femme lors de notre rencontre ; comme elle l’a fait également. Nous sommes cependant pas racistes l’un envers l’autre. Encore une fois, le contexte a son importance.

Arrêtons le sensationnalisme et utilisons notre raison

Par ces divers exemples, non-exhaustifs, je voulais démontrer à quel point le sensationnalisme et l’hyper-émotivité pouvaient induire en erreur. Les mots sont importants dans la vie mais ils ne disent pas tout. Ils ne signifient pas, pour tous, la même chose. La culture, le contexte historique, économique, social et environnemental sont des éléments à prendre en considération.

Certes, à la vue des premiers mots de ce texte, quelques-uns ont pu s’offusquer. Des souvenirs douloureux sont peut-être apparus. Nous avons tous, sans parfois s’être rendu compte, subis des formes diverses et variées de discriminations. Nous jugeons souvent, par émotion,  les propos des autres sur base de ces faits vécus. La raison a pris le bord !

Faire preuve de retenue, de prudence et agir parcimonieusement demandent d’utiliser notre raison. Nous devons dépasser nos émotions pour ouvrir nos oreilles, écouter réellement et essayer de comprendre le contexte de tel ou tel propos tenus. Parfois derrière un propos offusquant et aux allures racistes, nous avons juste l’inverse. Parfois aussi, derrière un propos anodins, nous avons de la discrimination. Quel est alors le critère pour déterminer l’acceptable et l’inacceptable ? Le contexte, à mon avis, en est un de précieux. Pas le seul, il est vrai. Mais pas des moindres également.

Arrêtons alors le sensationnalisme, les fines oreilles, les ultra-sensibles ! Pensons et réfléchissons l’usage des mots, des expressions. Utilisons notre intelligence pour détecter ce qui est dangereux, atroce et condamnable. Contextualisons avant de juger. Au sinon, la censure nous guette au détriment du débat démocratique et citoyen.

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Auteur : Raphaël Fievez
Originaire de Belgique et habitant au Québec depuis 2011. Auteur de plusieurs livres dont ''De la société multiculturelle. Au-delà des discours, une réalité'' (2016) ou encore ''Démocratie. Penser la démocratie de demain''(2017). Travailleur social de formation en Belgique œuvrant depuis plusieurs années et ayant de l'expérience auprès de différentes clientèles au Québec. Raphaël Fiévez a contribué à plusieurs médias via des articles d'opinions, il s'intéresse à l'actualité, la politique et l'éthique. Étudiant au certificat en Philosophie de l'Université Laval à Québec.