Je ne sais que penser

Je ne sais que penser !

Il y a quelques jours, j’étais en voiture au centre-ville par un bel après-midi. J’écoutais distraitement un poste de radio, quand tout à coup, entre deux chansons, la jeune animatrice lance à ses deux compères, qu’elle n’en revenait pas, du peu de respect des chanteurs Français et d’ici, des années 60 et 70. Et pour démontrer l’objet de son outrage, la moralisatrice, fait jouer un air de Sardou : Dix ans plus tôt. Ou le malheureux prononce ” tu n’avais pas 15 ans “. Les deux autres renchérissent, déchirant leur chemise. ” NON… incroyable, on chantait ça ? Puis si bien engagée, elle s’attaque à Serge Lama : C’est toujours comme ça la première fois. Cette fois la “passionaria”, s’insurge du fait que dans  sa chanson Lama dit: Tu t’es indignée. Voilà, il n’y avait pas consentement. Cette fois d’une seule fois, les deux animateurs crièrent pathétiquement leur désapprobation. Incroyable, comment pouvions nous laisser passer tant de mots subversifs à cette époque? Oui, ces mots dans des chansons devenaient d’un seul coup indignes. Puis Dassin y passa avec : Souviens toi. Et j’imagine que par manque de temps, on passa à autre chose.

La pauvre n’aura pas eu le temps de vilipender Aznavour avec : Donne tes seize ans ou Trousse chemise. Cette brillante jeune femme n’aura possiblement pas écouté ces chansons jusqu’à la fin, car dans la première, Sardou à lui aussi 15 ans et ce n’est pas lui qui veut faire l’amour, mais elle. Puis pour Lama, les dernières paroles, viennent de la dame qui le réconforte : C’est toujours comme ça…

Pourtant, cette jeune femme aurait eu intérêt à écouter les rappeurs comme 50cents qui ont un langage plus explicite, ou qui claquent les fesses des danseuses qui accompagnent leurs vidéos. Ou même à jeter un œil sur le peu de vêtements portés par nos pseudos chanteuses Américaines, Françaises, et  même d’ici.

Mais bon, présentement dans cette ère révisionniste, il est de bon ton de dénigrer les générations précédentes. Par chance, ils ne peuvent nous euthanasier, car ces chérubins de la vertu, pourfendeurs du vide, enfonceur de portes ouvertes, tentent de réécrire l’histoire en gommant tout ce qui n’est pas de leur fait. Quand on doit effacer le titre d’un livre pour apaiser la meute, nous sommes très près du révisionnisme Stalinien ou de Mao. Et vous savez quoi, certains courants de cette génération, se lancent aveuglément dans ces chasses aux sorcières.

Ça ne semble pas très important, un détail dans une vie de société. N’oubliez pas, que ces petites attaques accumulées, font qu’une chape de moralisme puritaine finira probablement par guider cette société. À force de trouver des raisons pour accuser et interdire, nous aurons la société que nous méritons.

C’est l’époque qui veut ça, que voulez-vous? Quand un gars qui s’enchaîne à un poteau contre l’interdiction du karaoké, passe pour un héros et que des soirées dites familiales, finissent par des dizaines de cas de Covid…  Faut trouver des trucs plus divertissants. Comme si les auditeurs allaient marcher dans les rues pour interdire ces mots si terribles.

 

 

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Auteur : Lansquenet
Après trente années dans la police, Claude Aubin est devenu auteur. Il a quatre livres à son actif : La Main gauche du Diable (Intouchables), La Nuit des désillusions et Rônin (Libre Édition Claude Aubin), Le lansquenet solitaire (Texte et Contexte). Il a également participé au dernier bouquin de Jules Falardeau (La crise d’Octobre, 50 ans après, Éditions du Journal Claude Aubin a joué aussi des petits rôles dans certains films, rédigé des chroniques dans le quotidien de l'époque Photo Police, le quotidien DixQuatre et maintenant il publie ses chroniques et éditoriaux pour le groupe Facebook DERNIÈRE HEURE. Il a aussi coproduit quelques clips pour TVBL, la télévision des basses Laurentides. De plus, il a travaillé pour la chaîne Ztélé (infiltration).

4 commentaires sur “Je ne sais que penser

    1. À en juger par la valeur des textes de l’auteur Claude Aubin, je ne peux que renchérir sur les talents de son immense correcteur, et j’ai nommé Yves d’Avignon, qui a, dit-on… avec deux virgules pour la mise en apposition, un carquois toujours plein de jolies flèches !

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