Injustice : le réalisateur Stéphan Parent s’intéresse à la mort suspect de 5 Autochtones


L’auteur de Novembre 84 et de SOIXANTE-DIX s’intéresse de près à un drame survenu en 1977 et qui secoue toujours la communauté Atikamekw de Manawan, 40 ans plus tard. Cinq de leurs membres avaient trouvé la mort dans ce qui avait été classé comme un accident de la route.

Un texte de Jean-François Dagenais

La tragédie est survenue dans la nuit du 25 au 26 juin 1977. Les cinq Autochtones se trouvaient dans un véhicule en compagnie de deux non-Autochtones lorsqu’est survenue une sortie de route. Le véhicule, de type fourgonnette, s’est retrouvé dans la rivière du Milieu, située à une vingtaine de kilomètres au nord de Saint-Michel-des-Saints.

La rivière du Milieu, située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Saint-Michel-des-Saints, là où s’est produit l’accident.   Photo : Charles Dagenais

À l’époque, la communauté n’a pas appris la nouvelle par les policiers de la Sûreté du Québec, mais par la bouche d’enfants qui circulaient de maison en maison.

Un rapport troublant

Selon le rapport du coroner, obtenu par la directrice générale de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD) aux Archives nationales du Québec, celui-ci contient des révélations troublantes.

Dans une déclaration écrite, le conducteur du véhicule admet avoir consommé 18 bières cette journée-là.

Le coroner Laferrière, aujourd’hui décédé, écrit que les deux survivants avaient les facultés affaiblies et conclut à un acte criminel.

Mais aucune accusation ne sera déposée. Les deux survivants affirment être montés sur le toit du véhicule immergé, avant de regagner la rive à la nage.

Ils affirment être parvenus à s’allumer un feu une heure plus tard, et qu’ils ont attendu le lever du jour avant d’aller avertir les policiers, à pied, à Saint-Michel-des-Saints, à une distance d’environ 19 kilomètres. Une fois sur place, ils écrivent avoir pris un café avant d’avertir les policiers.

Extrait de « Le Petit Journal », Semaine du 2 au 8 juillet 1977
Photo : Le Petit Journal

Aucune accusation n’avait été portée contre le conducteur. Le coroner a conclu à une mort par noyade pour chacun des cinq Autochtones, mais aucune autopsie n’a été pratiquée sur les victimes. L’affaire a été classée comme un accident par les policiers. Les deux survivants de cet accident sont toujours vivants, de même que les policiers qui ont enregistré leurs déclarations.

Extrait du rapport du coroner Ulysse Laferrière, 27 juin 1977

« F a brisé la vitre de la porte arrière et a crié : “sortez par en arrière!” F est sorti et j’ai crié : suivez-moi! Et je suis aussi sorti en arrière. F est monté sur le toit du camion. En sortant, j’ai crié une fois sorti et F m’a tiré par le bras et je suis aussi monté sur le toit. Il faisait très noir. Nous avons regardé en vain si nous ne verrions pas les autres. Après nous être orientés, nous avons nagé vers le rivage. Nous sommes parvenus à allumer un petit feu au bout de 1 heure et nous sommes restés là jusqu’au matin. Nous sommes descendus à Saint-Michel à pied (12 milles ). Nous avons pris un café et avons averti la Sûreté du Québec. »

Ces révélations du rapport Laferrière ont choqué la communauté. « Prendre un café ? C’est quoi là ? Je m’excuse, mais c’est inacceptable, une déclaration comme celle-là », avait lancé Mélanie Petiquay, nièce de Denis Petiquay. Plusieurs Autochtones se demandent aussi comment les deux survivants ont pu allumer un feu après avoir nagé dans la rivière.

Autre élément qui dérange : les familles affirment n’avoir reçu aucune visite d’un enquêteur à la suite de ces décès.

Source : Radio-Canada (Francis Labbé)

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Conducteur d'autobus professionnel depuis 29 ans, il se passionne pour la généalogie familiale (Les familles Dagenais en Amérique) ainsi que deux (2) autres groupes Facebook qui font sa fierté : DERNIÈRE HEURE et Conducteurs-trices d'autobus du Québec.