Flic & confidences adapté du livre Rônin

Cette semaine pour faire le lien avec le Salon du livre de Candiac, j’ai décidé de vous raconter, à ma façon, un petit bout de livre tiré de Rônin, mon dernier en liste.

2012 – Les manifestations étudiantes

Je suis dans le parc Émilie Gamelin et je glande en attendant l’arrivée des étudiants. Devant moi, les vendeurs de stupéfiants se déploient et les clients se pointent sans arrêt. J’ai devant moi un échantillon de ce que j’appelle la déchéance humaine. Alors, je sors ma caméra et comme je suis curieux, je prends photos sur photos des revendeurs sur place puis des superviseurs, bien oui, c’est une vraie entreprise. Je pousse l’audace à photographier les voitures servant de caches ou de réserves. Les affaires marchent rondement, ici pas de chômage. C’est drôle parce que plusieurs des camés se rendent aussi au camion de la soupe populaire. C’est un peu le Bed & Breakfast du coin. Tu achètes ta dose, tu peux bouffer pour pas un sou et tu dors à la belle étoile.

Je suis là depuis plus de deux heures à prendre mes photos quand deux des vendeurs m’apostrophent.

Hey, tu prends des photos toé ?
Ouais

Il s’en suit une discussion pour le moins orageuse, qui se termine par des menaces à peine voilées. Ces menaces me font sourire, ce qui choque mes deux couillons de service.

Puis, enfin la manif peut commencer. Je passe le reste de la soirée à suivre les jeunes qui comme toujours, refont le monde en cassant quelques œufs. ” À qui la rue…  À nous la rue. ”

Maintenant chez-moi, je regarde ces photos et je me dis qu’elles pourraient être utiles à mon ancien département. Donc petite lettre au directeur, photos en annexe.

Quelques jours plus tard, jolie lettre d’un membre de la direction du SPVM me remerciant et surtout m’assurant d’un suivi immédiat. Cet officier de direction ne me ment pas, un enquêteur des stupéfiants me téléphone, il veut un rendez-vous. Je suis heureux de voir que quelqu’un s’intéresse au dossier.

Ouais… Le soir suivant, cet enquêteur assis à ma table, vient tout comme un vendeur de ” char usagé, ” me baratiner sur comment il ne peut pas travailler sur mes vendeurs.

Vous savez, ils ne sont jamais les mêmes, on peut pas les travailler. On manque de personnel, les jeunes n’aiment pas ça de soir

Alors je l’interromps :

Tu aurais pu me dire ça au téléphone.

Voilà, personne n’allait travailler le dossier. Alors je passerai l’été à continuer mes photos des manifs pour un article dans Photo Police. Ma police à moi, fonctionnait, celle-ci, je ne la reconnaissais plus et ça n’irait pas en s’améliorant.

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Auteur : Lansquenet
Après trente années dans la police, Claude Aubin est devenu auteur. Il a quatre livres à son actif : La Main gauche du Diable (Intouchables), La Nuit des désillusions et Rônin (Libre Édition Claude Aubin), Le lansquenet solitaire (Texte et Contexte). Il a également participé au dernier bouquin de Jules Falardeau (La crise d’Octobre, 50 ans après, Éditions du Journal Claude Aubin a joué aussi des petits rôles dans certains films, rédigé des chroniques dans le quotidien de l'époque Photo Police, le quotidien DixQuatre et maintenant il publie ses chroniques pour le groupe Facebook DERNIÈRE HEURE. Il a aussi coproduit quelques clips pour TVBL, la télévision des basses Laurentides. De plus, il a travaillé pour la chaîne Ztélé (infiltration).