Dictature, vraiment ?

Ce dimanche 20 décembre 2020, des centaines de manifestants ont marchés dans les rues de Montréal afin de dénoncer les mesures sanitaires du gouvernement en raison de la pandémie. Ont-ils le droit ? Bien évidemment.

Nous avons appris aussi l’émission de constats d’infractions auprès de quelques énergumènes prônant la liberté, dénonçant la dictature en ne portant pas de masques. Cela revient alors à penser et questionner si, comme certains le disent, nous sommes dans une dictature ?

Dictature VS Démocratie

Tentons de comprendre et regarder si nous sommes en dictature. Pour ce faire, il est essentiel de définir ce qu’est une dictature et ses caractéristiques. Premièrement, une dictature est un régime politique dans lequel un ou plusieurs individus possèdent tous les pouvoirs et agissent de manière arbitraire.

Le dictionnaire Larousse illustré de 2018 (ouvrage n’étant pas considéré comme complotiste ou bien-pensant), la dictature est « un pouvoir absolu exercé par quelqu’un ou quelque chose ». Deuxièmement, la dictature est caractérisée par une absence de presses libres, une absence d’oppositions, une interdiction de dire ou penser autrement que le dirigeant sous peine de se faire emprisonner ou encore tuer, dans le pire de cas.

En démocratie, à contrario, l’exercice du pouvoir peut se faire de différentes manières dont soit par le peuple directement (démocratie directe), par des personnes élues par le peuple (démocratie représentative) ou encore un mixte. Dans ce cas, le pouvoir est divisé.

La presse est libre, le peuple peut dire le contraire du gouvernement sans craindre pour sa vie, existence de partis d’opposition ou encore existence d’un système judiciaire dans lequel les élus comme non-élus sont soumis.

À la vue de ces distinctions, sommes-nous dans une dictature ou dans une démocratie ? Pensez-y et vous en aurez la réponse.

Contrat social en démocratie

Plusieurs penseurs et intellectuels de jadis ont pensé la démocratie. Nous pourrions aller voir du côté de John Locke, de Thomas Hobbes, d’Alexis de Tocqueville ou encore, dans un temps plus ancien, Platon. Tous ont eu des griefs ou des bons mots envers le système démocratique. Néanmoins, ce qu’il faut regarder pour comprendre le système dans lequel nous vivons aujourd’hui, ce sont les penseurs du contrat social.

En résumé, les individus se sont réunis en société afin de satisfaire à des besoins et également se protéger (l’union fait la force). En créant cette société civile, il a fallu mettre en place un système de justice et de répartition des pouvoirs.

Comment imaginer une démocratie directe avec plus de 8 millions d’habitants ? Il me semble que cela s’avère complexe. Le système représentatif s’est donc avéré le plus propice. Des représentants sont élus par le peuple. Ceux-ci ont des prérogatives en vue de satisfaire à la sécurité des individus.

Nous avons donc laissé une partie de notre liberté (liberté naturelle) pour une sécurité. Voici le contrat social, nous donnons quelques prérogatives en échange d’une sécurité. Nous demeurons cependant les décideurs de ceux qui auront le pouvoir de prendre ces décisions au nom du bien commun.

En guise de conclusion…

Quand je vois ces personnes circulant dans la rue en criant « Liberté » ou « dictature » en raison des mesures sanitaires, je me pose de sérieuses questions sur leur niveau d’intelligence et de compassion.

Je me questionne sur leurs connaissances de la vie en commun. Je les inviterais volontiers à relire les textes de grands intellectuels de la démocratie, de sortir de leurs cocons et leurs minuscules espaces de connaissances en regardant au loin afin de se rendre compte réellement de ce qu’est une dictature.

Nous avons le droit d’être en désaccord avec les mesures sanitaires (comme je le suis parfois en raison d’incohérences flagrantes) mais nous avons aussi le devoir de prendre soin de nos aïeux, de nos amis, de nos connaissances et de nos semblables vivant dans des conditions de santé fragiles.

La mort peut les attraper et personne n’y échappe. Il n’y a pas de voyage-retour. Pour le bien commun, soyons prudents et respectons les consignes. Et rien, ne vous empêche de demeurer vigilants face aux décisions du gouvernement, de dénoncer les mesures jugées arbitraires, de voter pour des candidats contraires aux prochaines élections ou encore de prendre votre plume pour rédiger vos points de vue dans des médias alternatifs, ou non.

Cela dit en passant, si vous étiez en dictature, pensez-vous vraiment que vous auriez le droit de manifester ?

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Auteur : Raphaël Fievez
Originaire de Belgique et habitant au Québec depuis 2011. Auteur de plusieurs livres dont ''De la société multiculturelle. Au-delà des discours, une réalité'' (2016) ou encore ''Démocratie. Penser la démocratie de demain''(2017). Travailleur social de formation en Belgique œuvrant depuis plusieurs années et ayant de l'expérience auprès de différentes clientèles au Québec. Raphaël Fiévez a contribué à plusieurs médias via des articles d'opinions, il s'intéresse à l'actualité, la politique et l'éthique. Étudiant au certificat en Philosophie de l'Université Laval à Québec.