Contrer les gangs, encore une grosse section

Que de groupes et sections pour si peu

Je ne sais pas, mais ayant été dans cette grande famille qu’est la police, je me suis toujours demandé pourquoi maintenant, il fallait de grosses machines avec un tas de policiers, des bureaux pour les installer et plusieurs chefs pour bien encadrer le tout. Des sections contre le crime. À Montréal, nous avons les bureaux des Homicides, les Vols qualifiés, les Fraudes, les Stupéfiants, la Sûreté pour les autres crimes. Mais depuis 1997, il y aura eu les groupes mixte Carcajou, l’UPAC, le groupe mixte dédié aux Bandidos. Le groupe Éclipse, le groupe Quiétude, le groupe Elta, même le groupe Stupéfiants a comme mission de trouver des armes. Et comme si ce n’étais pas assez, un nouveau groupe intégré SQ/SPVM voit le jour pour contrer les gangs de rues. Un autre énorme bateau qui prendra le temps de prendre son temps et qui fera ses choux gras de quelques armes saisies, de quelques arrestations bien publicisées.

Opter pour des policiers dévoués et informés

Pourtant, il est plus facile de travailler en petits groupes, un sergent et dix hommes en civil, des policiers choisis pour leur connaissance du quartier, ayant de l’information pertinente et actuelle. Bien sûr, il faut se sacrifier un peu, travailler de soir et les fins de semaine, suivre les faits et gestes de ceux que l’on cible. S’informer sans arrêt, avoir des sources dans le milieu. Être connu et reconnu par les gangs comme étant un fatiguant, un groupe qui ne va pas vous lâcher d’une semelle. Dans les plus beaux compliments que j’ai reçus, les gangs Jamaïcains m’appelaient Casper (le fantôme) et un chef de gang de rue me dira : je ne vais plus à NDG car tu y es présent partout. Si vous avez quatre bons groupes d’intervention, qui s’échangent l’information, vous détenez la clé du succès.

Les lois de Parkinson

Plus un bateau est gros, moins il est agile. C’est une des lois de Parkinson. Trop de contraintes, trop d’administration, trop d’hésitations, trop de meetings, de concertations, d’approbations, trop de chefs et trop d’excuses. Ça me fait penser à une vieille blague d’organigramme : il y a le chef, le chef-adjoint, l’adjoint au chef, l’adjoint à l’adjoint du chef, l’officier de la région, son adjoint, l’officier du secteur, ses adjoints, l’officier du poste de quartier. Et dû au manque de personnel, nous n’avons le policier qui devrait travailler.

Recommencer les mêmes erreurs

Alors continuons à bien appliquer les lois de Parkinson et nous aurons les résultats qui s’y rattachent. Nos universitaires habitués aux théories et qui ne mettent pas les pieds dans les rues. Ceux qui évitent le macadam, les endroits chauds, les zones grises, qui ne côtoient pas la misère au quotidien.Ceux qui sont là pour dénoncer le racisme et le profilage sont les seuls à applaudir ce qu’ils considèrent comme étant la façon de faire. Ils sont habitués depuis des années aux gros ensembles qui ne fonctionnent qu’en théories et sur papier.

Les hommes de terrain

Nous, les hommes de terrain forgés par des années de travail auprès de la communauté, à tenter de contrer les gangs, nous savons que des équipes commandos connaissant bien le terrain et l’ennemi, parvient à beaucoup plus de résultats et beaucoup plus rapidement.

De la poudre aux yeux

Mais c’est moins prestigieux pour les têtes dirigeantes des différents départements de flicaille, vous savez, ceux qui viennent ramasser les lauriers en se pétant les bretelles. Alors continuons à construire des Titanic et soyons satisfaits des miettes que nous allons ramasser.

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Auteur : Lansquenet
Après trente années dans la police, Claude Aubin est devenu auteur. Il a quatre livres à son actif : La Main gauche du Diable (Intouchables), La Nuit des désillusions et Rônin (Libre Édition Claude Aubin), Le lansquenet solitaire (Texte et Contexte). Il a également participé au dernier bouquin de Jules Falardeau (La crise d’Octobre, 50 ans après, Éditions du Journal Claude Aubin a joué aussi des petits rôles dans certains films, rédigé des chroniques dans le quotidien de l'époque Photo Police, le quotidien DixQuatre et maintenant il publie ses chroniques pour le groupe Facebook DERNIÈRE HEURE. Il a aussi coproduit quelques clips pour TVBL, la télévision des basses Laurentides. De plus, il a travaillé pour la chaîne Ztélé (infiltration).