Affaire Camara, belle boulette

Belle boulette

Il y a longtemps que je n’avais pas vu une aussi belle boulette. Mon ancien professeur de criminalistique, l’ex-capitaine détective Gimkas, se tourne probablement dans sa tombe. Lui qui répétait ad nauseam de vérifier nos éléments, puis revérifier encore et finalement re-revérifier une dernière fois car nous avons la vie et la liberté d’une personne entre nos mains.

Quand nous avons plus de chefs que d’indiens

Je ne sais pas comment s’est arrivé, mais au nombre d’enquêteurs sur les lieux, je suis tenté de dire que trop d’enquêteurs, c’est exactement comme pas assez. Je comprends qu’un policier se soit fait tirer dessus, je comprends que ça devient émotif, je l’ai déjà vécu. Une scène de crime comme celle-là devient vite un capharnaüm à l’heure de la circulation, dans un quartier disons-le, ethnique, où il faut trouver des témoins, n’ayant pas comme premier réflexe d’aborder la police.

Mamadi Camara à sa sortie de la salle d’audience au palais de justice de Montréal | Crédit Photo : Radio-Canada

La preuve qu’on a

Peut-être que les premiers éléments de preuves tendaient à viser Monsieur Camara. N’oublions pas que la police a 24 heures pour porter les accusations. Donc, disons que nos enquêteurs ont été sur les lieux pendant huit heures, ce qui est assez normal dans les circonstances, il en reste moins de 16 heures pour interroger le suspect, recouper les déclarations des témoins et prendre la décision de porter les accusations. Alors pour plus de deux ou trois autres heures, il y a les rapports en 5 copies devant servir d’acte d’accusation.

Car au matin suivant, le suspect doit être devant le juge. Dans un cas comme celui-ci, vous allez devoir monter un dossier de plus de 40 et possiblement 50 pages. Toutes les déclarations de témoins doivent y être, toutes les preuves autres, doivent y être. Les vidéos saisies doivent y figurer. Et tout ça, consigné sur des rapports explicatifs remis à la défense. Et ici, je ne parle pas de perquisitions possibles.

Dieu merci, en plus de 30 ans de carrière, ça ne m’est jamais arrivé. Pourtant, après plus de 3,000 arrestations, tout aurait pu arriver. Il y a peut-être aussi un manque d’expérience. Il y a quelques minutes avant d’écrire ce texte, un ex-policier m’a fait remarquer que, nous aurions été les premiers à vérifier les mains ou des traces de sang sur les vêtements du suspect, l’état général de celui-ci, car disons-le, le policier attaqué était quand même de bonne taille.

Parc Extension ou la tour de Babel

Alors oui, une belle boulette. Les policiers étaient sûrs de la culpabilité du suspect. Ils se sont trompés. Maintenant, les partis d’opposition s’en donnent à cœur joie. Le racisme systémique revient en force dans les discours des trois représentants de l’opposition. Comme si les policiers avaient décidé qu’il était coupable de par sa couleur de peau. Nous sommes dans Parc Extension, 80% de la population est soit Pakistanaise, Indienne ou Noire. Mais bon, l’opposition s’oppose, c’est un rôle que l’opposition joue à merveille. Que faire ?


Alors pourquoi ne pas laisser l’enquête continuer et voir comment tout ça va se terminer ? Pour le reste, si Monsieur Camara n’est pas le coupable, il actionnera la ville. Pour le moment, un homme court en ville armé d’un 9 mm. Trouvons-le. L’erreur est humaine et parfois, certains sont plus humains que d’autres.

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Auteur : Lansquenet
Après trente années dans la police, Claude Aubin est devenu auteur. Il a quatre livres à son actif : La Main gauche du Diable (Intouchables), La Nuit des désillusions et Rônin (Libre Édition Claude Aubin), Le lansquenet solitaire (Texte et Contexte). Il a également participé au dernier bouquin de Jules Falardeau (La crise d’Octobre, 50 ans après, Éditions du Journal Claude Aubin a joué aussi des petits rôles dans certains films, rédigé des chroniques dans le quotidien de l'époque Photo Police, le quotidien DixQuatre et maintenant il publie ses chroniques pour le groupe Facebook DERNIÈRE HEURE. Il a aussi coproduit quelques clips pour TVBL, la télévision des basses Laurentides. De plus, il a travaillé pour la chaîne Ztélé (infiltration).